Transition énergétique
Les fossiles ont encore de beaux jours

 

Les renouvelables pour inverser la tendance
Et faire face à la demande exponentielle en énergie primaire
Abdelkader Amara, ministre de l’Energie et des Mines: «Nous allons en grande partie solliciter le privé pour le financement, et le reste se fera dans le modèle partenariat public/privé»

Abdelkader Amara est resté fidèle à son franc-parler : «Le charbon continuera d’être utilisé dans la production électrique de base par des centrales à haut rendement utilisant des procédés de plus en plus modernes pour réduire les émissions de CO2 et les particules recyclées». Mais le challenge sera de développer progressivement les renouvelables pour que cette transition soit profitable.


L’Economiste: L’énergie est un des thèmes qui fédèrent le plus. Le débat sur la transition énergétique le prouve. Pourquoi cet engouement ?


Abdelkader Amara: Parce que jamais l’énergie n’a été autant, dans le monde actuel, une thématique au centre de l’inquiétude des gouvernements et, de plus en plus, des opinions publiques. Ceci, en raison d’une réalité marquée par un épuisement que nous savons inéluctable du stock des énergies fossiles et par le réchauffement de la planète sous l’effet des émissions de gaz à effet de serre. De ce fait, le développement des énergies renouvelables, le renforcement de la recherche dans le domaine des nouvelles technologies énergétiques, l’efficacité énergétique, sont devenus des sujets centraux dans les stratégies de développement. Le secteur de l’énergie étant le soubassement de toute activité économique, les objectifs de croissance nationaux et régionaux ne pourraient être atteints sans la mise en œuvre de réformes permettant notamment l’amélioration des performances du secteur énergétique avec une participation accrue des opérateurs privés à son développement, compte tenu des moyens financiers considérables requis, particulièrement pour la production de l’électricité et également la mise en œuvre d’un système énergétique à faibles émissions de carbone.


- Aujourd’hui, il est plutôt question de changement de paradigme, à savoir de transition énergétique. Comment financer cette étape?
- Nous avons fait de la transition énergétique un choix politique clair et stratégique, dicté par la vision du Souverain qui, dans son discours du Trône en juillet 2007, soulignait que «la problématique de l’énergie se pose également comme une question fondamentale, qu’il faut l’aborder dans le cadre d’une vision prospective. L’objectif est de garantir la sécurité énergétique du pays, de diversifier les sources d’énergies nationales, par le recours à des énergies alternatives, et d’en assurer un usage rationnel». Ceci dit, nous n’avons pas d’estimation, mais je peux vous dire d’ores et déjà que nous allons en grande partie solliciter le privé pour le financement, et le reste se fera dans le modèle partenariat public/privé.

- En Allemagne, au Royaume-Uni et en Espagne où le débat sur la transition énergétique fait rage, l’on estime à plusieurs centaines de milliards d’euros le coût. Qu’en sera-t-il au Maroc?
- Ce n’est pas le même paradigme. L’Allemagne a déjà pris la décision politique lourde de tourner la page du nucléaire. Au Maroc, nous n’en sommes pas encore là. Nous resterons encore pour longtemps sur les énergies fossiles. Nous allons encore utiliser le charbon, le fuel et le gaz. Mais nous allons substituer de plus en plus les énergies renouvelables au gaz qui se prête à un meilleur rendement, à plus de souplesse. Et puis les prix à l’international connaîtront une certaine détente qui nous permettra d’optimiser nos coûts. Il n’empêche que nous allons continuer à introduire graduellement les énergies renouvelables. Ceci d’autant plus que le Royaume ne dispose pas de ressources fossiles et que ses besoins en énergie augmentent de manière exponentielle. Face à cette vulnérabilité et cette dépendance, l’Etat se devait de trouver des réponses adaptées aux enjeux auxquels le secteur énergétique est confronté. Il s’agit notamment des fluctuations qui caractérisent les marchés de l’énergie et la volatilité de son coût.

-Vous semblez dire que l’une des solutions est le recours à ce mix énergétique où les énergies renouvelables jouent un rôle déterminant?
-En effet, elles sont appelées à jouer un rôle de premier plan dans le bouquet énergétique des prochaines années. Aussi, les grands projets que nous avons lancés dans ce domaine-là sont audacieux, en ce sens qu’ils sont basés sur des technologies pas encore entièrement maîtrisées, notamment le CSP. Nous allons faire appel massivement au photovoltaïque pour démocratiser l’accès à l’énergie. Et puis, c’est un gisement important qui permet d’atteindre plus vite l’équilibre en termes de besoins en énergie électrique.

- Quand on parle de transition énergétique, on a tendance à penser au démantèlement d’une source au profit d’autres. De quoi le Maroc devrait-il se séparer?
- Pour le Maroc, il ne s’agit pas de se séparer mais de passer d’une manière progressive des énergies fossiles à un mix où il y aura de plus en plus d’énergies renouvelables. Bien sûr, il y a beaucoup de limites. Des limites technologiques, réglementaires mais également régionales. On ne peut pas parler d’utilisation d’énergies renouvelables à grande échelle si nous n’inscrivons pas dans une démarché d’intégration régionale. Des handicaps subsistent encore, mais nous allons y arriver.


Propos recueillis par B.T